Homélie – Clôture de l’année jubilaire de la miséricorde

Clôture de l’année jubilaire de la miséricorde : Dimanche 13 novembre 2016

« C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie » dit Jésus. (Luc 21,19)

Frères et sœurs,

Au moment où nous allons clore cette année jubilaire, nous sommes invités à persévérer dans la découverte de la Miséricorde de Dieu, notre Père. Devant ce mystère que nous avons essayé de découvrir tout au long de cette année, nous sommes comme un petit enfant au bord de la plage. Avec l’aide de son papy, il vient de creuser un grand trou dans le sable. Et avec son petit seau il voudrait vider l’eau de la mer et remplir le trou. Devant l’immensité de la Miséricorde de Dieu, nous sommes comme ce petit enfant avec son seau. Sœur Faustine qui a été le témoin de cette miséricorde de Dieu, au cœur de l’histoire tragique de la Pologne à l’aube de la seconde guerre mondiale écrivait : « Ô source inépuisable de miséricorde divine, déverse-toi sur nous ! Ta bonté n’a pas de frontières. Affermis, Seigneur, la force de ta miséricorde au-dessus de l’abîme de ma misère, car ta pitié n’a pas de limites. Étrange et inégalable est ta miséricorde, elle étonne les esprits humains et angéliques… » Sœur Faustine ajoute : « J’ai découvert que la plus grande puissance est cachée dans la patience. Je vois que la patience conduit toujours à la victoire, même si cette victoire n’apparaît pas immédiatement mais bien des années après. La patience s’associe à la douceur. »

La patience de Dieu.

Sœur Faustine a raison : La patience de Dieu révèle la délicatesse de son amour. C’est la manifestation de sa miséricorde pour les pauvres êtres humains que nous sommes tous. Dans l’Évangile de ce jour, Jésus nous invite à la même patience et à la même persévérance. Je voudrais vous raconter l’histoire de ce petit arbre : «Il était une fois un petit arbre qui se trouvait au fond d’un jardin. Il se plaignait souvent. Il aurait préféré être au milieu de la pelouse ou simplement près de la maison, à côté des hortensias. Les vents étaient trop forts et l’hiver bien rude. Durant l’été, deux pruniers lui faisaient de l’ombre. Oui, il avait mille raisons de se plaindre. Il avait l’impression qu’on l’avait abandonné. Il était inutile et en plus, au printemps, le jardinier l’avait taillé de tous côtés. Quel métier que celui d’être un petit arbre ! Il rêvait d’être grand en se comparant au chêne. Oui, il avait mille raisons d’aller voir ailleurs.

Et voilà qu’un matin de mai, des bourgeons sont éclos. Des fleurs sont apparues. Et chose que vous n’auriez jamais crue, foi de petit arbre, c’est qu’un jour une petite pomme est apparue. Et oui, il était devenu pommier. Il était fait pour porter du fruit. Oh non, il ne le savait pas, mais c’était pour cela que le jardinier l’avait si bien planté. De quels soins ne fut-il pas entouré l’hiver suivant ! Il lui avait fallu s’enraciner, traverser les saisons… pour connaître la fécondité.

Il en va ainsi de l’être humain. Il rêve qu’il est fait pour de grandes choses. Il a toujours l’impression qu’on l’oublie. Il voudrait tant aller voir ailleurs… sans cesse vagabonder. Il est fait pour s’enraciner… être taillé… pour un jour fleurir. Mais bien mieux que cela… il est fait pour donner du fruit. Mais le sait-il ? Qui lui révèlera le sens de son existence ? Pour donner du fruit, il lui avait fallu s’enraciner. Et nous, pour devenir chrétiens, pour donner un jour du fruit, il s’agit de s’enraciner dans le Christ. Parmi les fruits de cette année de la Miséricorde, peut être pouvons nous demander cette grâce de la patience vis-à-vis de Dieu et de nos proches ? Nous sommes dans une société où tout est prêt : Il y a le prêt à cuisiner, le prêt à porter et même le prêt à intérêt. Mais il n’y a pas de prêt à croire, pas plus qu’il n’y a de prêt à aimer. La patience de Dieu ressemble aux strates géologiques de nos falaises. Le temps de Dieu n’est pas celui des hommes. Le secret de la sainteté à laquelle nous sommes tous appelés c’est d’entrer dans le temps de Dieu. Il nous est demandé de tenir bon dans la foi comme si nous voyons l’Invisible à la manière de Moïse. Frères et sœurs, voilà le secret de la Miséricorde de Dieu. Être chrétien dans notre société demande beaucoup de courage, de foi et de patience.

« Soyez miséricordieux, dit Jésus, comme votre Père est miséricordieux. » (Luc 6,36)

Dans le texte des Béatitudes, Jésus parle du bonheur d’être miséricordieux. « Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde ». (Matthieu 5,7). La souffrance que connaissent beaucoup de nos contemporains se résume dans ces deux mots : Indifférence et solitude. Le pape François rappelle qu’on ne peut séparer la justice de la miséricorde. Mais la justice peut se réduire à une simple observance de la loi. Le voleur a réparé mais il reste un voleur aux yeux des gens. La miséricorde lui redonne sa dignité d’être humain. Au fond nous touchons ici la dimension du pardon. Dieu seul peut véritablement pardonner à condition que nous nous tournions vers Lui. Il y a des pardons que nous ne pouvons pas donner mais que Dieu peut mettre dans notre cœur. C’est important de recevoir le pardon de Dieu pour pouvoir vaincre la haine et la violence qui habitent notre cœur. Sur la croix, Jésus n’a pas dit à ses bourreaux : « Je vous pardonne » mais « Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Le pardon de Dieu libère et nous sort de notre enfermement. Au long de notre vie nous sommes invités à vivre cette démarche de pardon et en même temps à témoigner de la miséricorde du Père auprès des blessés de la vie et des plus démunis.

Conclusion

Le pape François dans la prière pour le jubilé nous a invités à être le visage de ce Père de miséricorde pour nos contemporains. Ce visage n’est pas celui d’un instant mais de tous les instants de notre vie: Faisons nôtre la prière du pape François : « Tu as voulu Seigneur que tes serviteurs soient, eux aussi, habillés de faiblesse pour ressentir une vraie compassion à l’égard de ceux qui sont dans l’ignorance et l’erreur : fais que quiconque s’adresse à l’un d’eux se sente attendu, aimé et pardonné par Dieu » Amen.

+ Jean Claude Boulanger

  Évêque de Bayeux – Lisieux