Homélie – donnée à Tressaint lors de la session Talentheo

Méditation sur Zachée

Commentaire Luc 19,5

« Il me faut demeurer chez toi » dit Jésus à Zachée.

Où trouver une demeure ?

Tant d’hommes et de femmes cherchent une demeure aujourd’hui. On les appelle les S.D.F. (sans domicile fixe). Alors, ils cherchent un abri, un gîte pour une nuit. Par grand froid, ils vont au Samu Social. Les oiseaux, eux, logent dans les arbres, dans les haies, dans leur nid. Mais Dieu, Lui, où trouve-t-il une demeure ?

Zachée pense qu’Il se trouve en haut des arbres, un peu comme les oiseaux. Pour rencontrer Dieu il faut monter sur la montagne, alors pourquoi pas un arbre ? Au fond, dans beaucoup de religions, il faut quitter la terre, il faut quitter son quotidien pour rencontrer le ciel. Dieu ne peut être qu’en haut. Il nous faut quitter ce que nous sommes pour aller vers Dieu. En plus, il était petit de taille et c’est pour lui un handicap. La foule est aussi un obstacle. Mais on va surtout découvrir que le plus grand handicap de Zachée c’est son comportement humain. Il passe pour un collaborateur des Romains et un voleur. Mais demeure en lui une soif de vérité et de dignité. Il cherchait à voir qui était Jésus. Dans ce désir de voir on peut déjà y reconnaître une grâce. Zachée veut rester spectateur mais il prend les moyens pour rencontrer Jésus : il court en avant et monte sur un sycomore.

Ce qui est étonnant c’est que Jésus va s’arrêter et que c’est lui qui va regarder Zachée. L’Évangile nous dit qu’il lève les yeux vers Zachée. Autant il a couru pour voir Jésus autant il doit descendre rapidement descend vite lui dit Jésus car il me faut demeurer chez toi. Jésus lui-même n’a fait que descendre comme le souligne Luc lorsqu’il descend avec ses parents à Nazareth. Zachée accepte de descendre et reçoit Jésus avec joie.

A travers Jésus, figurez-vous, que Dieu est en bas … C’est Lui qui descend… Il descend chez nous, au cœur de notre quotidien, là nous sommes nous-mêmes. Dans notre maison, n’avons pas besoin de paraître fort. Une maison ! Nous croyons la construire et c’est elle qui nous façonne. C’est là où l’être humain apprend à créer des liens. Un jour, elle peut devenir une belle maisonnée. Elle est faite, non seulement de pierres et de poutres, mais de l’accueil de tant de joies et de peines.

Jour après jour, elle est le lieu où l’être humain apprend à grandir dans la confiance, sous le regard des autres. Une maison ! C’est là où entre un individu et il devient un frère. C’est là où se construit un homme et c’est là où s’enfante un saint.

Et voilà que Zachée est devenu la maison de Dieu. Nos maisons, nos églises, nos cathédrales, si belles soient-elle sont là pour nous rappeler que Dieu n’a pas d’autre lieu où habiter que notre vie tout simplement. Mais souvenons-nous tout simplement que « Si Dieu ne bâtit la maison, c’est en vain que peinent les maçons ! ».

Quand on accueille Dieu dans sa vie, celle-ci est bouleversée. Zachée se donne au Seigneur et aux autres à tel point qu’il peut dire : « Oui Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je lui rendrai au quadruple. »

Demandons à l’Esprit Saint de devenir la demeure de Dieu au milieu des hommes et nous découvrirons que notre quotidien a un sens et même une fécondité spirituelle comme l’exprime si bien Madeleine Delbrel dans « Nous autres gens des rues » : : « Nous autres, gens de la rue, sommes bien sûrs que nous pouvons aimer Dieu autant qu’Il a envie d’être aimé de nous. Nous ne pensons pas que l’amour soit chose brillante mais chose consumante ; nous pensons que faire de toutes petites choses pour Dieu nous le fait autant aimer que de faire de grandes actions. D’ailleurs nous pensons être fort mal informés sur la taille de nos actes. Nous ne savons que deux choses : la première, que tout ce que nous faisons ne peut être que petit ; la seconde c’est que tout ce que Dieu fait est grand. Nos pas marchent dans une rue mais notre cœur bat dans le monde entier. C’est pourquoi nos petits actes, dans lesquels nous ne savons distinguer entre action et prière, unissent aussi parfaitement l’amour de Dieu et l’amour de nos frères. Qu’importe ce que nous avons à faire : un balai ou un stylo à tenir. Parler ou se taire, raccommoder ou faire une conférence, soigner un malade ou taper à la machine. Tout cela n’est que l’écorce de la réalité splendide, la rencontre de l’âme avec Dieu à chaque minute renouvelée, à chaque minute accrue en grâce, toujours plus belle pour son Dieu. On sonne ? Vite, allons ouvrir : c’est Dieu qui vient nous aimer. C’est l’heure de se mettre à table ? Allons-y : c’est Dieu qui vient nous aimer. Laissons-le faire ».

Jean-Claude BOULANGER

Evêque de Bayeux – Lisieux