Homélie de Noël 2016

« Marie mit au monde son fils premier né. Elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (Luc 2,7)

 

Frères et sœurs,

Ce soir là, résonnait le bruit des armes des légions romaines  dans cette contrée de Bethléem. Le pays était occupé par les soldats romains. César Auguste, vénéré à Rome comme une divinité, régnait sur le monde de l’époque. Bethléem était la frontière Est de cet empire comme Boulogne sur mer était la frontière Ouest du même empire. Un homme régnait comme un dictateur sur ce monde qui allait de Bethléem à Boulogne sur mer. Dans le port de Boulogne se trouvaient 800 bateaux de guerre prêts à continuer la conquête de l’Angleterre. Dieu n’a pas peur des armes, ni des dictateurs, ni des terroristes. Au temps de la naissance de Jésus, dans le pays de Judée, certains prenaient les armes pour résister à l’occupant. On les appelait du nom de zélotes. Dieu résiste d’une autre manière. Il choisit Joseph et Marie qui mettent leur confiance en lui. Ceci ne veut pas dire qu’ils ne résistent pas eux aussi au bruit des armes mais en faisant confiance à Dieu. Dieu a besoin d’hommes et de femmes qui lui font confiance pour résister aux dictateurs de ce monde. Mais ses projets sont bien étranges aux yeux des hommes. Il choisit de naître dans une terre occupée et au milieu de la guerre. Il va même se soumettre à un petit gouverneur de province de la Syrie. Ce dernier décrète sous les ordres de César Auguste un recensement obligatoire de toute la population locale. Ce petit chef appelé Quirinius sera destitué par l’empereur quelques années plus tard ! C’est le sort des grands de ce monde ! Dieu lui, se sert même des vents contraires de l’histoire pour conduire sa barque au port et pour réaliser ses projets. C’est même au cœur des failles de cette histoire qu’il inscrit sa présence. Dieu a de l’humour et nous en manquons tant ! Alors frères et sœurs pourquoi avoir peur ?

Oui, pourquoi la peur ?

Les chrétiens ne sont pas des peureux ! Enfin je l’espère. L’Esprit saint que nous avons reçu à notre baptême et à notre confirmation est un esprit de force. Comme le dit saint Paul à Timothée : « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné mais un esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi. » (2° Tim.1, 7) Le curé d’ars disait que la peur était l’œuvre du diable en nous. Il avait raison. Dans la Bible quand Adam dit à Dieu : « j’ai entendu ton pas dans le jardin. J’ai eu peur et je me suis caché. » C’est bien là l’œuvre du serpent c’est-à-dire l’œuvre des forces du mal. C’est la raison pour laquelle l’expression «N’aie pas peur… Sois sans crainte » revient  366 fois dans la Bible. Chaque matin, quand nous prions, voilà ce que Dieu dit à notre cœur. Il y a même un «N’aie pas peur » pour les années bissextiles, c’est-à-dire pour le jour du 29 février.

En même temps, la haine qui va de pair avec la peur dans la Bible est l’œuvre de Satan. Quand Caïn tue Abel, Dieu est absent. Caïn a peur, il se cache et Dieu va venir le rejoindre en lui posant la question : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » Quand la haine domine, quand Dieu est absent de l’humanité, il n’y a plus de fraternité. L’histoire est toujours un récit de fraternités brisées qui reste sans cesse à reconstruire.

Frères et sœurs, nous sommes invités à résister aux forces du mal. Dans la Bible, Dieu dit à Moïse : « il y a des forces de mort, il y a des forces de vie. Choisis la vie ! » Le Père Jacques Hamel n’a pas dit à son assassin : « Va-t’en, sale terroriste » mais « va-t’en Satan ! » Au baptême, nous renonçons aux forces du mal. En ce soir de Noël, dans notre cœur, il est important de choisir les forces de vie et de renoncer aux forces des ténèbres. Il est important de mettre notre confiance dans ce Dieu qui s’est fait si petit et de dire avec la petite Thérèse de Lisieux : « En se faisant si petit enfant, Dieu nous crie confiance, confiance, familiarité. N’ayez pas peur de moi. Venez à moi, ne craignez pas. »

Marie, Notre Dame de la confiance

En cette nuit de Noël, je vous invite à contempler la Vierge Marie mettant au monde Jésus dans une étable. Nous sommes loin de tout ce qui brille et scintille. Quel contraste avec notre société qui nous promet le bonheur avec des biens de consommation. Mais ces bonheurs sont parfois de courte durée et passent trop vite. Tel Marcel Pagnol qui dans « Le château de ma mère » évoque les moments douloureux de son enfance et qui écrit : « Telle est la vie des hommes, très vite effacée par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants. » . Comme est bien vrai l’adage qui dit : « Abondance de biens, pauvreté de liens ». En même temps beaucoup de nos contemporains ne sont pas dupes. Ils savent bien que le plus cadeau de Noël ce sont les liens familiaux et les vrais amis. Le seul cadeau que Marie ait reçu : c’est la naissance de Jésus et la présence aimante et fidèle de Joseph. Frères et sœurs, confiez vous à la Vierge Marie. Celui qui la prie ne désespère pas de la vie.

« Tu étais là, Marie avec Joseph, émerveillée devant cet enfant. Ayant peine à croire que tu prenais Dieu dans tes bras, si petit, si fragile. Au-delà de la joie partagée et de l’inquiétude surmontée, que de questions devant cette vie qui vient de naître. Tu étais là mais le berceau que tu avais préparé servirait –il un jour ? Tu n’avais pris que le strict minimum. Il y avait bien Joseph mais il n’avait que ses deux mains pour réchauffer l’enfant. Ah s’il avait été à la maison, il se serait empressé de faire un bon feu. Il y avait bien quelques bergers, mais ce sont des inconnus. La famille est bien loin. Comment apprendra t- elle la nouvelle ?  Tu devais prier Marie et offrir à Dieu cet enfant. Dieu semblait bien déroutant quand il décidait de venir dans notre monde. Mais tu faisais confiance, Marie, acceptant de ne pas tout comprendre du projet de Dieu. Alors aide nous Marie à faire confiance à Dieu en acceptant de ne pas tout comprendre de ses projets pour chacun d’entre nous. Amen. »

+ Jean Claude Boulanger
Evêque de Bayeux – Lisieux

 

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