Homélie pour l’ordination presbytérale de Louis Cabouret

Ordination sacerdotale de  Louis Cabouret – Bayeux –  Dimanche 7 Mai 2017 –

«  Je suis venu, dit Jésus, pour que les brebis aient la vie » (Jean 10,1-10)

                                               Frères et Sœurs,

En ce dimanche où nous prions pour les vocations, l’ordination sacerdotale de Louis prend tout son sens. Aujourd’hui encore le Seigneur appelle un certain nombre de jeunes. J’en suis personnellement témoin dans ce diocèse. Mais la question fondamentale est celle de l’engagement, celle du Oui que beaucoup n’osent pas dire au Seigneur. Qu’il est difficile  dans notre société de prendre des engagements qui durent ! « C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie, » dit Jésus. Seul ce qui dure est fécond. On confond la fécondité et l’efficacité. Nous sommes appelés dans la foi à la fécondité et peu à l’efficacité. En ce qui concerne Louis, il va lui falloir durer pour qu’un jour il puisse dire « Tout est grâce » alors que nous sommes dans une culture de l’éphémère. Louis s’engage pour la vie. Il donne sa vie au Christ et à l’Eglise non pas pour un temps mais pour toujours. Je sais que pour nos contemporains cela paraît surréaliste. Et pourtant la réponse de Louis c’est une réponse d’amour au Christ qui l’aime non pas pour quelques instants mais pour toujours. Il y a le temps des choses qui n’est pas celui des hommes. Il y a le temps des êtres humains qui n’est pas celui de Dieu. Mais le temps de Dieu ne ressemble à aucun autre car il est éternel.  Oui Dieu nous aime éternellement. Dans sa lettre qu’il écrit à l’évêque, Louis ajoute : « Je veux être de ceux qui croient fermement que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. (Romains 8,28). Et je veux aussi dire : Oui cette vie est heureuse et je la désire. »

Le prêtre diocésain est un berger à la suite de Jésus .

On devient prêtre pour aimer ! Voilà le sens du sacerdoce à la suite de Jésus, le vrai berger. Les jeunes prêtres ont  soif d’évangéliser et je tiens ici à les féliciter et à les encourager dans cette mission. Mais il faut se rappeler qu’on n’évangélise vraiment que ceux qu’on aime, ceux pour lesquels on est prêt à donner sa vie. Un jour, lors du décès d’un prêtre, une personne à la sortie de ses funérailles m’a dit ceci : « On se sent orphelin. Il n’y aura plus personne pour veiller sur nous comme ce prêtre s’intéressait à nous ». Louis écrit dans sa lettre : « Je voudrais éviter au maximum que des personnes soient en froid avec l’Eglise, la foi et Jésus Christ juste à cause de moi. Cela arrivera mais le minimum sera le mieux ». Oui, on devient prêtre pour aimer et surtout ceux qui ne sont pas aimés, ceux qui ont perdu confiance, ceux qui désespèrent de la vie. Même si l’Eglise de France traverse la nuit des vocations, ne soyons pas défaitistes. Si longue soit la nuit, elle finit toujours par une aurore. Oui demain il y a aura des jeunes qui oseront donner leur vie à la suite de Jésus pour aimer comme Lui seul a su aimer. Je ne doute pas un seul instant de ce qui se prépare dans le cœur des jeunes de notre temps. Est-ce que le Seigneur aurait abandonné son peuple ?

Comme nous l’avons chanté, le Seigneur seul est le berger et lui seul sait nous conduire sur des prés d’herbe fraîche. Nous savons qu’il donne sa vie pour ses brebis. Le Curé d’Ars disait : «  Les paroles savent persuader mais les exemples entraînent…La charité touche le cœur de Dieu…Si vous avez beaucoup, donnez beaucoup, si vous avez peu, donnez peu mais de bon cœur et avec joie ».Voilà la mission du prêtre diocésain. Mais nous savons bien que cette mission nous dépasse et qu’elle s’enracine dans la foi au Christ Pasteur.

« Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis », dit Jésus.

L’amour grandit par l’amour, écrit le Pape Benoît XVI dans sa première Encyclique. Nous ne pouvons répondre à l’amour de Dieu que par l’offrande de notre pauvre amour. C’est ce que Thérèse exprimera dans son acte d’offrande à l’Amour miséricordieux. « Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides ». Elle ajoute, à la fin de son acte d’offrande : « Je veux, ô mon Bien-Aimé, à chaque battement de mon cœur vous renouveler cette offrande un nombre infini de fois, jusqu’à ce que les ombres s’étant évanouies, je puisse vous redire mon Amour dans un face à face éternel ». Thérèse a compris que c’est l’acte d’offrande de Jésus par amour de son Père et des hommes qui sauve le monde. Les dernières paroles de Thérèse, sur son lit de mort, résument toute sa vie : « Mon Dieu, je vous aime ». Il s’agit bien sûr de prier pour les vocations mais il s’agit de nous unir à la prière de Jésus à son Père. Le Maître de la moisson, c’est bien le Père.

Alors Louis, je t’invite à retenir ces 3 dimensions fondamentales de ton ministère  qui sont la triple mission du pasteur: -Ne pas perdre la tête- Faire corps -Garder les pieds sur terre

  1. Ne pas perdre la tête.

Pour tenir dans ton ministère sacerdotal, il te faudra être branché continuellement sur le Christ, c’est Lui la Tête. Où trouveras-tu cette force, sinon en communiant au Corps du Christ ? L’Eucharistie est la source et le sommet de toute vie chrétienne comme elle est la source et le sommet de ton ministère. Sois fidèle chaque jour à l’Eucharistie. Le Seigneur nous donne à la mesure de notre fidélité. Comme l’écrivait encore le curé d’Ars : « Le Christ est là dans le sacrement de son amour, il est là, je vous le dis, il est là…il est là ! Il est là au milieu de vous…il est là pour vous ! Nous travaillons avec lui, nous marchons avec lui, nous souffrons avec lui ». Ce qui fonde ton ministère, c’est l’amour de Jésus pour toi. Laisse-toi aimer par Lui car l’amour précède toujours l’appel.

  1. La deuxième mission qui t’est confiée, Louis, est de faire Corps.

Le prêtre diocésain donne sa vie pour la communion. L’Eglise risque de te décevoir, mais rappelle-toi que le Christ l’a aimée et a donné sa vie pour elle. L’Eglise ici c’est concrètement ce diocèse de Bayeux-Lisieux que tu es invité à aimer et pour lequel tu vas donner ta vie.  Tes frères prêtres ce sont ceux  du diocèse. On choisit ses amis, on ne choisit pas ses frères. On ne peut aimer l’Eglise  si on ne l’aime pas de l’amour même du Christ. Il a donné sa vie pour Elle, pour Judas, pour Pierre, pour Thomas et tous les autres. Oui, Louis, tu rencontreras la croix, parce que la croix c’est le symbole de la communion dans la différence, mais sur la croix il y a les bras de Dieu.

  1. Enfin, la  troisième mission que l’Eglise t’invite à vivre est de garder les pieds sur terre.

Le prêtre diocésain est l’homme de terrain, de proximité et à l’écoute de ses contemporains. Les hommes d’aujourd’hui ont soif de bonheur et de fraternité. Je ne pense pas que l’Evangile soit indifférent à cette attente. Il suffit de penser à l’Evangile de Jean et aux rencontres de Jésus avec ses contemporains. Parmi les qualités que nos contemporains attendent du prêtre, ils mettent souvent en premier l’écoute. Oui, celui que ne peut plus écouter son frère, finit par ne plus écouter Dieu Lui-même. Dieu seul peut nous donner un cœur qui écoute. Le curé d’Ars écrivait : « Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, c’est là le plus grand trésor que le bon Dieu puisse accorder à une paroisse, et un des plus précieux dons de la miséricorde divine ». Puisses-tu être ce pasteur selon le cœur Dieu, Louis. C’est ce que nous allons demander ensemble à l’Esprit Saint.

+ Jean Claude Boulanger
Evêque de Bayeux-Lisieux

Homélie pour l’Ordination sacerdotale de Louis Cabouret