Homélie pour l’ordination diaconale de Cyrille de Frileuze

Ordination diaconale de Cyrille de Frileuze – Abbaye aux hommes – Samedi 16 septembre 2017

Frères et soeurs,

Dans sa lettre adressée à l’évêque pour demander le Diaconat, Cyrille écrit : « Tout au long des années de séminaire, le désir de servir Dieu s’est accru dans mon âme. Ce qui m’a permis d’authentifier ce désir avec l’aide de mon père spirituel, c’est d’abord la joie ressentie dans mon coeur depuis l’appel du Seigneur ; une joie qui ne m’a jamais quitté pendant ces années et ce malgré les difficultés rencontrées. » Tu as raison de le dire, Cyrille, celui qui dit oui à Dieu, connaît une joie profonde qui n’est pas forcément une exubérance mais qui nous fait participer au bonheur de Dieu. Etre heureux du bonheur de Dieu, voilà la vocation du chrétien. Dieu nous a créés pour un vrai bonheur qui n’est pas forcément celui que nous promet cette société de consommation. D’ailleurs rassure-toi. Nos contemporains n’ont pas trouvé le bonheur devant les gondoles de leurs supermarchés, celui qu’on leur promettait il y a plus de 40ans. On leur fait croire qu’ils ont été créés pour devenir des consommateurs. Malheureusement, ils deviennent des éternels frustrés. Tu l’écris encore dans ta lettre : « J’ai également pu observer les misères et les douleurs des hommes d’aujourd’hui. J’ai constaté que les hommes et les femmes de notre temps ont besoin d’une Eglise qui les écoute et les accueille dans leurs malheurs. Il y a en eux une belle espérance en l’Eglise pour trouver, dans ses ministres et ses fidèles, une écoute bienveillante et une parole de réconfort ».
« Ne crains pas, car je suis avec toi pour te délivrer », dit le Seigneur à Jérémie dans la première lecture » (Jérémie 1, 4-9)
« Ne crains pas » : Cette expression revient 366 fois dans la bible. Il y un « Ne crains pas » pour chaque jour, même pour les années bissextiles. La peur est l’oeuvre du diable en nous, disait le Curé d’Ars. Nous avons dit que nous étions faits pour le bonheur de Dieu, un bonheur tout simple qui est du côté de la communion, de la relation bien plus que de la consommation. Je te dirai simplement que la vie a été plus dure que celle dont je rêvais à 15 ans mais elle est cent fois plus belle que celle que j’imaginais. Quand on dit oui à Dieu, quelques soient les difficultés rencontrées comme tu le soulignes, on reçoit une paix profonde. C’est la paix du coeur, c’est la confiance dans la vie, dans les autres, en soi même et en Dieu. On n’a pas besoin d’être sur un piédestal pour exister, ni d’écraser les autres. On se réconcilie avec soi-même. Un être réconcilié avec lui même cela se voit, cela se sent. Cyrille, puisses-tu faire cette expérience humaine et spirituelle. Il y a tant de personnes qui épuisent toute leur énergie à paraître. Il ne s’agit pas de paraître mais d’être. Regarde comme notre Pape François est lui-même et combien il marque nos contemporains par sa présence.
« Bien aimés, aimons nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu » (1° Jean 4,7-21)

Cyrille, tu as choisi ce très beau texte de la 1° épître de Saint Jean. Thérèse a beaucoup médité ce texte au point qu’elle a fait de la religion un amour. Là encore nos contemporains sont en quête du véritable amour comme la samaritaine dans l’Evangile. Au fond notre coeur a soif de plus d’amour que cette terre ne peut lui offrir. Et nous chrétiens, nous osons dire que cet amour véritable vient de Dieu. On apprend à le recevoir de Dieu, car Dieu seul est l’Amour. Thérèse l’écrivait avec une grand A. Elle écrit dans le manuscrit C « Ah! Seigneur, je sais que vous ne commandez rien d’impossible, vous connaissez mieux que moi ma faiblesse, mon imperfection, vous savez bien que jamais je ne pourrais aimer mes soeurs comme vous les aimez, si vous-même, O mon Jésus, ne les aimiez encore en moi… Oui je le sens lorsque je suis charitable, c’est Jésus seul qui agit en moi ; plus je suis unie à lui, plus aussi j’aime toutes mes soeurs. » Peu à peu tu comprendras, Cyrille, qu’en devenant diacre, le Seigneur t’appelle à servir mais surtout à aimer en servant. Un pauvre aidé demeure un pauvre, un pauvre aimé devient un frère. Jésus ne nous a pas seulement demandé d’aider les pauvres mais de les aimer pour qu’ils deviennent des frères. Finalement, de la vie, nous n’apprenons qu’une seule chose : Nous apprenons à aimer. Tu deviens diacre pour apprendre à aimer à la suite de Jésus. Dans ta lettre tu écris encore : « J’ai conscience de la diversité des tâches qui peuvent m’être confiées et du style de vie évangélique auquel je suis appelé par ce ministère ». Ce style de vie évangélique dont tu parles doit être tout simplement imprégné de l’amour de Jésus pour nos frères comme le disait Thérèse.

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » dit Jésus à ses disciples. » (Luc 6,36-38)
Tu cites cette phrase de Saint Maximilien Kolbe, mort en camp de concentration et qui a donné sa vie pour libérer un prisonnier : « La consécration à Dieu, c’est l’offrande de tout son être pour être entre les mains de Dieu un simple instrument de sa miséricorde ». Nous devinons combien ce prêtre polonais a été marqué par Soeur Faustine. Nous avons eu l’occasion d’approfondir sa spiritualité durant l’année de la Miséricorde. Dans son petit journal, elle rapporte quelques paroles de Jésus : « Ma fille parle au monde entier de mon inconcevable Miséricorde. Le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu’il ne se tournera pas vers la source de ma Miséricorde. » Nous le savons, Dieu seul est miséricorde. Qu’il nous est difficile de pardonner ! Que de tensions et de conflits empoisonnent la vie de chaque jour. Déjà le saint pape Jean XXIII avait déclaré que « l’Eglise, l’Epouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que d’empoigner les armes de la rigueur ». J’aime souvent prendre cette image de la croix. Si on la prend par le bas, elle est vraiment une croix. On ne peut pas se tromper. Par contre si on la prend par le haut, elle devient une épée ou un poignard. A travers l’histoire il est arrivé que l’on prenne la croix par le haut. Etre miséricordieux c’est devenir une croix car il faut ouvrir ses bras. C’est ouvrir son coeur à Dieu et à ses frères en humanité. C’est imiter Dieu qui se donne, qui accueille et qui se penche pour pardonner. On ne comprend bien le sens de la vie chrétienne qu’au pied de la croix. C’est là que se rassemblent toutes les spiritualités chrétiennes. Pour comprendre ce mystère du Dieu, je t’invite Cyrille chaque matin à te mettre à genoux devant Jésus sur la croix et dans ton coeur tu comprendras ce qu’est la miséricorde de Dieu. Puisses-tu devenir miséricordieux comme notre Père du ciel est miséricordieux.
Nous prions pour toi et avec toi.

+ Jean Claude Boulanger
Evêque de Bayeux – Lisieux

Homélie Ordination diaconale de Cyrille de Frileuze