Dans le diocèse, il y a 100 ans….

En ce début d’automne 2016, où le ciel est un peu gris, au milieu des cartons d’archives, je feuillette la Semaine Religieuse d’il y a cent ans et je découvre ce qui se passe, dans le diocèse de Bayeux  à pareille date, en  1916.

Hélas, comme dans tous les autres diocèses de France, on pleure la mort de jeunes hommes, tués au Front, dans la Somme ou l’Argonne, et sur les plaques commémoratives, dans nos églises du Calvados commencent à s’aligner parmi les noms de toutes les victimes, ceux des 32 prêtres ou séminaristes qui n’ont jamais regagné leur paroisse….

Au premier étage du Centre des archives, à Bayeux, dans le bureau de l’archiviste est rangée une dizaine de cartons dans lesquels on peut trouver quelque 1600 lettres envoyées à l’évêque de Bayeux, Monseigneur Lemonnier, entre 1914 et 1918, par environ 250 prêtres et séminaristes mobilisés. Ces derniers, répondant au souhait de leur évêque, racontent le quotidien et l’extraordinaire, avec autant de sincérité que de déférence .

La lecture de ces courriers m’a « attachée » à ces jeunes prêtres et l’un d’entre eux est vite devenu mon préféré.  Aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter son histoire…

Ernest, Léon CHAMPIN, nait à Clécy le 15 février 1884. D’intelligence vive et doué pour les études, il entre au Petit Séminaire de Vire puis poursuit au Grand Séminaire de Bayeux où il obtient brillamment le titre de bachelier et subit avec succès tous les examens philosophiques et théologiques.

Ordonné prêtre en 1909, l’abbé Champin est d’abord nommé vicaire à Isigny, puis très vite, à Saint-Désir de Lisieux, où, en plus de ses activités pastorales, il participe activement à l’organisation de la société de gymnastique « La Saint-Désir » qu’il dote d’une excellente clique, composée de fifres, tambours et clairons !

Lorsque la guerre éclate, l’abbé Champin a déjà effectué son service militaire. Il n’est pas mobilisé comme aumônier ou infirmier,  mais il est versé dans le service armé. Alors, ignorant que Monseigneur, qui tient par-dessus tout à la vie de ses prêtres, a interdit à ceux-ci de se présenter à de tels examens, il prépare ceux de Saint-Maixent, où il est admis comme élève-officier… Brillamment reçu aspirant, Ernest prend part à l’offensive de Champagne, se trouve ensuite à Tahure, et une fois élevé au grade de sous-lieutenant, participe à la bataille de la Somme.

La Semaine Religieuse du 16 juillet1916 nous apprend laconiquement sa mort… Mais, les petites lettres bien rangées par ordre alphabétique, aux archives,  nous en disent davantage. Je vous laisse lire :

Octobre 1915 : Monseigneur, j’ai la joie de vous annoncer que je suis sorti sain et sauf des terribles combats auxquels, vingt-quatre jours durant, mon régiment a pris part. Je viens même d’être promu sous-lieutenant, et ce m’est une occasion de vous remercier une fois de plus de la bienveillante décision que vous avez prise à mon égard. Ma présence au milieu des combattants, mon rang de sous-officier d’abord, d’officier maintenant, m’ont permis de faire quelque bien et de combler certaines lacunes du service religieux sur le champ de bataille surtout. Ainsi j’ai pu absoudre de pauvres diables frappés à mort par les balles ou les obus, et qui sont morts longtemps avant la venue souvent tardive des brancardiers régimentaires. Dans les instants d’arrêt, je pouvais aller jusqu’à eux, ce que n’aurait pu faire un simple soldat ou même un sergent. S’il faut revoir de pareilles horreurs, j’espère recommencer et j’espère que Dieu me protégera encore comme il m’a protégé. J’ai d’ailleurs la ferme assurance que vous le lui demanderez avec moi, et que votre bénédiction, Monseigneur, me sera un gage de retour…

Notre jeune sous-lieutenant ne reviendra, hélas,  jamais. Une autre lettre adressée à Mgr Lemonnier par un confrère l’avertit, en juillet 1916, que l’abbé Champin est mort le 3 ou le 4 courant, au champ d’honneur, en portant le secours de la religion à un de ses hommes blessés. Le correspondant précise : Permettez-moi, Monseigneur, d’ajouter un détail qui vous touchera : il y a deux mois environ, l’abbé Champin avait six jours de congé. Il me dit un matin, après sa messe en déjeunant : je m’en retourne vite, j’ai de jolies photographies, je prépare un album pour Monseigneur, je lui offrirai après la guerre. Je crois que je lui ai fait de la peine en passant sans le prévenir, l’examen de Saint-Maixent, je lui prouverai que je n’ai pas eu l’intention de le peiner et j’espère lui être agréable.

Le bel album de photos n’est sans doute jamais arrivé à Bayeux…. Peut-être est-il encore, enfoui sous la terre de Fay, dans la Somme. L’abbé Champin reçoit la Légion d’honneur à titre posthume en 1920.

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Il y a dans les cartons, au 9 impasse Glatigny, plein d’histoires aussi belles et aussi touchantes que celle-ci…. J’aurai sans doute l’occasion de vous en conter quelques-autres…

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Françoise KHÉDINE - Archiviste.

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