Retrouvez la pêche !

Semaine après semaine la pêche retrouve de l’activité. La bonne nouvelle c’est que l’incertitude des marchés incite à une meilleure information entre tous les maillons de la filière pêche. Le Père Georges Vimard, responsable de la Mission de la mer, nous livre quelques aspects des conséquences de la crise du coronavirus.

 Il y a sept ports de pêche sur le Calvados pour une  population de 400 marins-pêcheurs. Ce matin, à la halle aux poissons du port de Dives sur Mer, j’ai retrouvé la pêche ! Et les  marins-pêcheurs : le Neptune, le Sachal’eo, le Notre-Dame de  Grâce, le No limit… se tirent,   ici,  plutôt bien de la crise, en vendant la pêche directement, y compris aux parisiens présents sur la région. Le poisson de la nuit frétille sur les étals.

Le Coronavirus fait tanguer l’économie de la mer

En Normandie, selon Filière pêche, plus de 90 % des bateaux restent à quai. Il suffit de consulter le site Traffic Marine (à défaut d’arpenter les quais…). Seuls quelques hauturiers des ports de Cherbourg à Honfleur tentent une sortie par roulement ; plus nombreux sont les côtiers. Après quelques semaines de bonne tenue relative, le marché a replongé. Depuis la fermeture des restaurants, des cantines, l’arrêt des exportations, les consommateurs s’alimentent en surgelé ou en barquettes provenant de l’étranger. Les marchés du poisson craignent le pire, compromettant les activités de la filière ; avec la demande qui  ralentit, les circuits tentent de s’organiser pour servir le marché local.

« Le mareyage demande un plan de sauvetage, les poissonneries traditionnelles craignent une crise sanglante » titre le journal Le Marin cette semaine.

« À quoi bon travailler à perte pour des prix dérisoires ? »  constate Michael Vimard sur le Dyonisos au port de Grandcamp.

Un rayon de lumière  

La nécessaire concertation entre les maillons de la chaîne pour passer le mois de mai et au-delà a abouti à  un accord sur l’activité partielle.

Le Fonds Européen pour les Affaires Maritimes et la Pêche (FEAMP) et la mesure de chômage partiel (gouvernement) sont des premières mesures d’urgence dans un climat où la dimension psychologique de la crise est prégnante chez beaucoup : « Des questions se posent sur l’avenir de la pêche avec le Covid 19 » s’inquiète  Dimitri Roggoff président du Comité régional.

Et le Brexit en arrière de tout ça ? « Les pêcheurs anglais découvrent ce que c’est que de ne plus pouvoir vendre en Europe : ils vivent un hard-brexit avant  l’heure », alors que les discussions sur la pêche doivent se clore fin juillet.

Organisations de producteurs, criées, mareyeurs, poissonneries travaillent à une plate-forme qui facilite la mise en vente en direct des produits de la mer. « Si on est encore là après la crise, c’est qu’on mange frais et français le poisson de nos côtes françaises ! Il y a toujours un côté positif après une crise, » déclare Jérôme Vicquelin sur  l’Alliance à Port en Bessin.

Quelles mesures face à l’épidémie ?

Arrêts temporaires indemnisés, activités partielles et prolongeables au regard de l’évolution, soutien à la pêche visant à pallier les effets sur le secteur en chute libre…

L’équipage d’un navire, ce sont des hommes seuls à bord ; ils porteront des masques tout de suite trempés par une bordée de mer imprévue. Comment respecter la distance avec les gestes du travail côte à côte, qui demandent harmonie d’un matelot à l’autre, luttant contre les éléments ? Bref, toutes sortes de situations pour arriver à bon port.

Livraison de 20 000 masques, de  6 tonnes de solutions hydro, des plaquettes explicatives.

Tout repose sur le choix du patron-pêcheur : comment protéger l’équipage ? Une responsabilité et un choix économique.

Un bateau, du plus grand au plus petit, est, par excellence, un lieu de confinement. Ainsi, les embarcations de ceux qui traversent aujourd’hui même la Méditerranée l’illustrent tragiquement. Un paquebot de croisière, un porte-avions se transforment en lieux maudits quand l’épidémie s’y déclare. Le confinement pose immédiatement cette question de la solidarité. Tous dans le même bateau : mareyeurs, poissonniers, gros et petits navires, filières ne peuvent plus se désintéresser, se désolidariser : cette crise ne fait que souligner des problèmes profonds comme ailleurs dans notre pays des métiers qu’on dit « invisibles ». Nous sommes tous dans le même bateau !

Dans la conchyliculture, le travail est différent : on peut se maintenir à distance les uns des autres, sans être face à face, et en  plein air. Aux bassins de St Vaast, de Grandcamp, d’Asnelles : « on souffre mais on reste au travail » (Ouest-France du 31 mars). C’est l’heure du grattage des huîtres et du remplacement des tables de mer.

Au Port de Commerce du Havre le transport maritime va pâtir de la crise : moins de mondialisation, « un choc inattendu » pour les sociétés CMA CGM, MSC. Les marins de ces compagnies sont confinés à bord avec des relais d’équipage difficiles à tenir selon qu’ils viennent d’Europe (espace Schengen) ou d’Asie (Inde, Philippines) et interdiction de visites. C’est pour soutenir ces travailleurs de l’ombre, que les cornes de brume ont sonné à midi le 1er mai.

Au port de Caen-Ouistreham : deux luxueux bateaux de croisière à l’arrêt vont trouver abri ce mois de mai au bassin d’Hérouville. La Britanny Ferries a allégé ses services ; seul le fret continue, ce qui a  eu une bonne conséquence pour la situation des jeunes migrants soudanais  qui ont été évacués à l’arrière du pays dans un centre de vacances à Tailleville. Cependant, dans le Pas de Calais les traversées de migrants explosent et n’ont pas diminué depuis le confinement.

Retrouvez la pêche !

En conclusion, je pense aux récits de l’évangile de Marc qui mettent en jeu la question du confinement dans le bateau : la tempête apaisée (Mc 4, 35-41) et la marche sur les eaux (Mc 6, 45-53). Dans les deux cas, la mer est dangereuse, agitée, le vent est contraire : le confinement se double d’un environnement menaçant, qui met en évidence les ressorts périlleux de cette situation particulière. La première fois, Jésus est sur le bateau, mais il dort à poings fermés, passager inerte, inutile alors que la tempête tourbillonne. Les marins-disciples le réveillent donc et l’interpellent : « Cela ne te fait rien… » Après l’épreuve de la Croix, avec lui, au matin de Pâques, la tempête s’apaise, la vie reprend…

Retrouvez la pêche, Reprenez la pêche !

P. Georges Vimard
Mission de la mer