Le pôle de Douvres, entre terre et mer

Le territoire du pôle missionnaire de Douvres la Délivrande présente une certaine unité bien qu’il y ait des différences entre la plaine de Caen et le littoral. La présence de l’Église est y fortement attendue.

 

Le pôle missionnaire de Douvres la Délivrande est le troisième pôle le plus peuplé du diocèse après l’agglomération Caennaise et le pôle de Pont-l’Évêque. Ceci s’explique facilement par son emplacement sur la plaine de Caen et son front littoral qui attirent. En effet, la périphérie Nord de Caen ne cesse de se développer avec une population de familles qui veulent à la fois profiter des services de la ville et de l’attractivité de la côte. De Ouistreham à Bayeux en revenant sur Caen, cette région est souvent appelée « triangle d’or » en raison notamment de terres agricoles fertiles. Pourtant, il existe des disparités et l’Église, à travers les prêtres, un diacre permanent, les religieux et religieuses mais aussi les chrétiens, se doit d’être attentive à toutes les réalités.

 

La présence de l’Église

D’un point de vue ecclésial, le pôle compte six prêtres en activité, mais seulement quatre curés : en effet, les Pères Florent Kawané et Michel Meneau (eudiste) ont chacun deux paroisses en charge. Toutefois le Père Meneau bénéficie du soutien de deux autres prêtres coopérateurs eux-mêmes eudistes. Les Pères Michel Lescroart et  François Quillet viennent compléter l’équipe sacerdotale du pôle. La forte présence religieuse sur le pôle grâce à la communauté des eudistes installée à Douvres-la-Délivrande et de six autres communautés religieuses constitue un atout non négligeable. De ce fait Douvres la Délivrande constitue naturellement le centre d’attraction du pôle : c’est notamment là que se retrouvent les prêtres deux fois par mois. Enfin, il ne faut pas oublier l’action menée par Patrice Moreau, diacre permanent et aumônier du Secours catholique.

Comme le fait remarquer le Père François Quillet, prêtre coordinateur du pôle missionnaire, les axes pastoraux développés dans chacune des six paroisses depuis quelques années sont sensiblement les mêmes, ce qui facilite naturellement la collaboration entre les prêtres, bien que les Pères Kawané et Meneau aient été nommés curés dans de nouvelles paroisses en septembre 2017 et doivent bien légitiment prendre le temps de connaître leurs nouvelles communautés chrétiennes. Ainsi, la préparation au mariage des futurs couples et la confirmation des adolescents s’effectue au niveau du pôle. Le souci de l’évangélisation a été porté pendant plusieurs années par la proposition de parcours Alpha. Aujourd’hui, le « café à la foi », une fois par mois à l’accueil Notre-Dame à Douvres-la-Délivrande, a pris le relais. L’objectif, pour les années à venir, est de renforcer l’attractivité de la basilique Notre-Dame de la Délivrande, lieu spirituel important mais certainement pas assez fréquenté. Ceci passera par diverses propositions pastorales.

Une autre réalité du pôle missionnaire de Douvres est la fluctuation du nombre d’habitants entre l’hiver et l’été. Par exemple, Ouistreham triple sa population l’été grâce aux estivants qui viennent en vacances et le reste de la côte voit passer de nombreux touristes en raison du tourisme de mémoire lié au débarquement de 1944. Il s’agit d’une population difficile à capter car même si elle pratique et vient à la messe, elle ne s’investit guère dans la vie paroissiale.

 

Être attentif à la précarité

Sur le pôle missionnaire, le Père Quillet et le Père Lescroart veulent être attentifs, chacun à leur manière, à la précarité. Pour le Père Quillet, curé de la paroisse St-Pierre de la Côte de Nacre, il s’agit des migrants. Une situation qu’il a découverte en arrivant à Ouistreham : « Il y a environ 150 à 200 migrants, souvent des jeunes, qui vivent à Ouistreham et qui veulent passer en Angleterre. En tant que prêtre, aller à la rencontre de ces migrants, écouter leur histoire me bouscule dans ma vie et dans ma foi. Je suis émerveillé de voir aussi toute la solidarité qui se manifeste autour de ces personnes par le biais des collectifs de citoyens qui leur viennent en aide en leur proposant nourriture, vêtements, voire hébergement. Si la paroisse n’intervient pas toujours de manière institutionnelle, plusieurs chrétiens font partie de ces collectifs ». Pour autant, le Père Quillet voit bien que cette question divise la population locale. En tant que prêtre, il permet toutefois un certain dialogue entre plusieurs acteurs institutionnels autour de cette situation difficile.

Le Père Lescroart, curé de la paroisse St-Marc en Plaine depuis treize ans, veut être attentif aux réalités des agriculteurs et à l’évolution du métier. Même si tous ne vivent pas dans la précarité, il a bien vu diminuer le nombre d’exploitations et entend le malaise que certains expriment ou n’osent pas exprimer. En effet, du fait de l’urbanisation, le prix des terres agricoles flambe ; les lourds investissements financiers que doivent supporter les agriculteurs les poussent à s’associer à plusieurs pour supporter des coûts d’exploitation de plus en plus importants alors que les prix du marché varient et qu’il ne s’agit plus seulement de cultiver une terre en la respectant, mais de devenir de véritables chefs d’entreprise (dès lors qu’il y a des salariés) avec toutes les contraintes que cela suppose. Comme le souligne Dominique Angot : « On peut être un bon agriculteur,  mais si l’on n’est pas aussi un bon gestionnaire financier et administratif, on est en danger ». Pour lui, l’image de l’agriculteur s’est fortement dégradée (pollueurs) alors que les contraintes réglementaires se sont fortement resserrées. Et puis il faut faire avec la concurrence européenne, et la conversion vers l’agriculture biologique n’est pas une panacée. Bref, ici aussi, comme dans d’autres parties du Calvados, les agriculteurs sont inquiets. Le Père Lescroart veut faire en sorte que l’Église soit un lieu de dialogue entre les citoyens : « C’est cela qui favorisera la fraternité missionnaire », conclut-il.

Alexandre Barbé

 

Le pôle missionnaire de Douvres

Il comprend les paroisses St Jean de Brébeuf sur Seulles, St-Régnobert de la Côte de Nacre, St-Pierre de la Côte de Nacre, St-Jean Baptiste de la Plaine, St-Marc en Plaine et St-Vital de la Seulles. Il compte près de 80 000 habitants.