Histoire du Père LACHANCE

– T’as entendu ?
– Oui, c’est le glas. C’est qui qu’est mort?
– Peut-être que c’est le Père ou la Mère Lachance ou les deux. Ils étaient dans le coma après l’accident d’hier.
Si c’est lui, quelle tristesse ! C’était tellement drôle de l’entendre raconter ses histoires. Dommage qu’il soit pas venu en faire profiter de temps en temps ses pauvres voisins ! Cela leur aurait redonné le moral.
Elle, on l’entendait pas mais elle était toujours prête à donner un coup de main à la Paroisse, avec le sourire.
L’histoire préférée du père Lachance, c’était son plus gros coup de poker, comme y disait :
Quand il était petit, il allait au caté, y avait pas le choix ! Il en avait retenu que les mieux vus là-haut, c’était « la brebis égarée », « le fils prodigue », « Marie et pas Marthe », « les derniers plutôt que les premiers », « l’ouvrier de la dernière heure ».
Rusé comme il était, il en avait conclu que, des fois que ce serait vrai, il allait assurer sa place pour l’éternité : il ferait ses Pâques et il se repentirait avant de mourir.
Super, la belle vie sans contrainte et on remporte le 1er prix à la sortie !
Si c’est lui qu’est mort sans être sorti du coma après l’accident, il a beau s’appeler « Lachance », ça lui aura p’tet servi sur terre mais j’suis pas sûr que là-haut, ça marche.
Je crois bien que je préférerais être à la place de sa femme si c’est elle qu’est partie.
Qué que t’en penses ?
– Ben, j’ai pas ben envie de m’embêter avec les demandes du curé pour participer à la vie de la paroisse comme la Mère Lachance ; d’abord, j’suis pas bon pour tout ça et puis, c’est des trucs de bonne femme.
– Tiens, je croyais que tu m’avais dit que t’aimais bien chanter, que c’était pas bien difficile d’aller ouvrir l’église, de s’occuper des inhumations, de lire à l’église, de faire le catéchisme, de fleurir l’église, de s’occuper de distribuer des enveloppes, de préparer un évènement religieux exceptionnel, d’être présent et de répondre à toutes les demandes des paroissiens, de rendre visite à des personnes isolées, d’apporter la communion et la liste n’est pas finie.
Un copain qu’est « dans le Bon Dieu » m’a dit : « La force de l’Evangile, c’est cet immense amour du Christ qui a donné volontairement sa Vie pour sauver l’Humanité, le plus bel exemple de don ».
Peut-être que Dieu n’en attend pas autant de toi mais s’il te demandait comment tu participes à la vie de l’Eglise (sans être seulement « consommateur »), en donnant un peu de ton temps
et de tes talents, que répondrais-tu ?
Aujourd’hui, tu es en vie et tu peux encore choisir ton destin pour l’éternité.
Profites-en ! »
Un peu plus tard …
– J’viens d’apprendre qu’c’est le Père Lachance qu’est parti. Quand c’est-y l’enterrement ? – J’crois bien qu’la famille voudrait que ce soit Mardi prochain, dans le village où il est né, mais y aura pas le curé qu’est pris ailleurs. Ils sont pas contents. D’accord, ils veulent pas la messe mais c’est quand même mieux avec le curé.
– En fait, c’est du pareil au même un laïc ou le curé si y a pas de messe. Encore de la chance qu’y ait un bénévole pour s’en occuper.
– Tu parles , les « bénévoles », j’suis sûr qui touchent des sous.
– Là, tu te trompes et les bénévoles indispensables sont nombreux pour une inhumation :
➢ Une personne à l’Accueil va organiser les choses avec les Pompes Funèbres
➢ Quelques jours avant l’inhumation, il y aura une rencontre entre des bénévoles et la famille pour découvrir la vie du défunt (utile pour le mot d’accueil et l’homélie) et préparer la cérémonie
➢ Faire le ménage de l’église, si c’est nécessaire
➢ Mettre tout en place dans l’église (la veille, il faut qu’un bénévole aille chercher à l’Accueil paroissial l’orgue, la sono, les livrets de chant, les lumignons, l’encens et l’eau bénite,etc)
➢ Ouvrir l’église une heure avant pour que les Pompes Funèbres puissent s’installer, allumer le chauffage en hiver et sonner les cloches en début et fin de cérémonie
➢ Il faut une bonne âme pour tenir l’orgue car une inhumation sans musique, c’est bien triste
➢ La musique, oui mais il faut aussi des chants avec un bénévole pour les diriger et quelques autres pour chanter et faire des lectures si c’est nécessaire
➢ Un prêtre (ou un laïc bénévole formé pour cela) va célébrer (ou présider la cérémonie) et tous les croyants souhaitent profondément que leur défunt soit porté par la prière pour son retour à Dieu
➢ La cérémonie terminée, un laïc bénévole va accompagner la famille au cimetière.
➢ Pendant ce temps-là, un autre bénévole va ranger l’église, la fermer et rapporter le matériel à l’Accueil.
Comme tu le vois, si une des personnes qui participe, a un empêchement ou est malade, c’est drôlement embêtant. Comme la plupart des bénévoles ont les cheveux blancs et leurs propres contraintes, malgré leur bonne volonté, un jour ou l’autre, il y aura des problèmes.
– Eh ben, j’aurais pas pensé qu’c’était si compliqué. P’t’être que j’pourrais proposer d’aider de temps en temps.
– S’il y avait quelques personnes pouvant dépanner en cas de problème, ce serait déjà pas mal ;
une des difficultés des bénévoles, c’est qu’il y en a peu et qu’on leur demande beaucoup.
S’ils étaient plus nombreux, la tâche serait moins lourde, chaque chrétien prenant sa part du fardeau avec la joie de faire progresser (à son échelle) le cheminement de l’humanité vers Dieu.
Teddy Sponible