Homélie – Messe pour les donateurs 2016

Environ 400 personnes se sont retrouvées pour un temps d’action de grâce le vendredi 30 septembre 2016 en l’église St-Gilles (abbaye aux Dames) de Caen. Merci pour la présence de chacun. Sans vos dons, le diocèse ne peut pas mener son action, merci à tous ceux qui ont donné cette année.

Voici l’homélie de Mgr Boulanger :

Job s’adressa au Seigneur et dit : « Moi qui suis si peu de choses, que pourrais-je te répondre ? Je mets la main sur ma bouche… » (Job 40,5)

Chers amis,

Job me fait penser à un vieux paysan. Il évoque pour moi mon grand-père qui disait : « moins qu’on en dit, moins qu’on se trompe. » Job aurait mieux fait de se taire car devant Dieu il ne peut que mettre la main sur sa bouche. C’est toute l’expérience des saints et des contemplatifs. Elle rejoint aussi la sagesse humaine. Le proverbe ne dit-il pas que la parole est d’argent et que le silence est d’or. Un autre adage précise que celui qui parle sème comme le semeur mais que celui qui écoute moissonne comme le moissonneur. Le silence de Dieu n’est pas une absence mais un trop plein de présence. Devant le mystère de Dieu comme devant le mystère de la vie, nous sommes comme un petit enfant au bord de la plage. Il a creusé un trou dans le sable et avec son petit seau, il voudrait vider la mer. Et plus que cela encore, l’eau qui est dans le trou disparaît à chaque fois. Mystère insondable de la présence divine ! Devant cette présence on ne peut mettre que la main sur la bouche comme Job. Jésus dit à Pierre au moment de la passion « Tu comprendras plus tard ». De même Marie et Joseph ne comprirent pas ce que Jésus leur dit au temple de Jérusalem à l’âge de 12 ans. L’Évangile de Luc nous dit qu’ils gardèrent ces paroles dans leur cœur.

Dieu, on ne le comprend qu’après coup. On ne le voit que de dos comme Moïse, quand il est passé. On ne peut donc que reprendre la parole de Job : « Moi qui suis si peu de choses, que pourrais-je te répondre. » On ne comprend pas tout du projet de Dieu. Il est mystérieux à nos yeux parce qu’il est infini et que nous sommes des êtres limités et finis. Il est capable de se servir des vents contraires pour conduire sa barque au port comme le dit Charles de Foucauld. Nous ne pouvons que nous abandonner entre ses mains. La confiance, rien que la confiance, nous dit la petite Thérèse que nous allons fêter demain à Lisieux. Elle nous fait découvrir qu’on ne peut comprendre Dieu qu’en aimant de l’Amour même de Dieu. Nous croyons en la vie éternelle. Nous ne disons pas dans la vie future, mais dans la vie éternelle. Si elle est éternelle c’est qu’elle est déjà commencée. Alors que restera t-il de ma vie quand cette vie passera dans le monde de Dieu ? Il ne restera que l’amour que nous avons mis sur cette terre. Thérèse nous invite à aimer de l’Amour même de Dieu qu’on appelle Charité puisque finalement il n’y a que cet Amour qui sera éternel.

L’expérience de Thérèse.

On comprend mieux qu’elle puisse dire : «  Jésus seul agit en moi. Plus j’aime Jésus, plus j’aime mes sœurs au Carmel. » C’est Jésus finalement qui aime à travers elle. Nous appelons cela l’Amour évangélique et c’est bien de cet amour dont parle Saint Jean dans son épître. C’est le don de soi que Jésus fait pour l’humanité. Même s’il a une dimension affective, l’amour que Dieu met en nous, nous fait sortir de nous-mêmes. Ce fut la guérison de Noël 1886 où l’Amour de Dieu a fait sortir Thérèse de son enfance pleurnicheuse où elle n’arrivait pas à exprimer toutes ses potentialités. L’Amour de Dieu a la capacité de changer des existences qui sont préoccupées de leur Ego pour les ouvrir aux dimensions du monde et souvent des plus fragiles. Thérèse écrit : « Je reçus la grâce de sortir de l’enfance, en un mot la grâce de ma complète conversion.… Je sentis en un mot la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir et depuis lors je fus heureuse ! » Nous comprenons mieux comment Thérèse a fait de la religion un amour et qu’elle ait pu dire : aimer c’est tout donner et ce donner soi-même.

L’évangélisation pour Thérèse est simple : il s’agit d’aimer Jésus et de le faire aimer. Quand on aime quelqu’un, nous n’avons qu’un désir, c’est de le faire connaître à ceux qui nous entourent. Finalement l’évangélisation c’est un rayonnement d’amour, et Thérèse dirait même un débordement d’amour. Jésus nous a choisis et nous a appelés pour aimer comme lui nous a aimés. C’est cela la vie chrétienne mais nous ne pouvons aimer que de l’Amour dont Dieu nous aime. Nous lui offrons notre pauvre amour mais c’est lui qui le transfigure de son esprit. Notre cœur a soif de plus d’amour que cette terre ne peut lui offrir. Il a soif de Dieu. Il a soif de l’Amour de Dieu. Finalement la vie est simple. Il me restera de ma vie, de ces années sur cette terre que l’amour que j’aurais semé. Ne passera dans le monde de Dieu uniquement que cette étincelle d’amour puisque Dieu est amour miséricordieux. Si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, ma vie sonne creux comme un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante dira Saint Paul.

Alors frères et sœurs, merci encore pour vos offrandes au service du diocèse. Vous permettez à des enfants et à des jeunes de découvrir le Christ. Vous aidez des prêtres, des consacrés, des séminaristes, des laïcs et des diacres à vivre la mission de l’Église. C’est aussi une manière pour vous de les aimer et d’aimer le Seigneur à travers son Église. Comptez sur notre soutien et notre prière. Encore un grand merci. Amen.

+ Jean Claude Boulanger

Evêque de Bayeux – Lisieux

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