Messe des Rameaux en mémoire des victimes des attentats de Trèbes et Carcassonne

Mgr Boulanger a célébré la messe des Rameaux en la cathédrale de Bayeux ce dimanche 25 mars en mémoire des victimes des attentats de Trèbes et de Carcassonne le vendredi 23 mars.

Voici son mot d’accueil, ainsi que son homélie.

 

 

 

Chers amis,

Je tiens d’abord à vous remercier ce matin pour votre présence. Nous allons faire mémoire en ce jour des Rameaux, des victimes de l’attentat de Trèbes et Carcassonne, en particulier du Lieutenant Colonel Arnaud Beltrame. Je tiens à saluer Mr le Sous Préfet et les autorités civiles et militaires ici présentes. Nous voulons rendre hommage pour l’acte héroïque du Lieutenant Colonel Arnaud Beltrame. Hier à Caen, un enfant de sixième me disait : « Ce monsieur : il a donné sa vie pour les autres comme Jésus. » Nous prions pour lui, pour sa famille et les familles des victimes. Nous voulons assurer nos frères et sœurs gendarmes de notre soutien et de notre prière. Nous pensons à leur famille mais aussi à tous nos militaires, aux forces de police et de sécurité qui sont au service de notre pays. Peut être pourrions nous faire un geste au cours de cette semaine vis-à-vis des gendarmes qui sont parfois insultés ou méprisés ? Nous pourrions aller vers eux ou téléphoner à la Gendarmerie pour leur dire notre reconnaissance et notre merci. Nous avons la chance de vivre dans un Etat de droit où des hommes et des femmes donnent leur vie pour protéger leurs concitoyens. Ce n’est pas le cas de tous les pays dans le monde. C’est la raison pour laquelle nous les assurons de notre soutien fraternel et de notre prière.
+ Jean-Claude Boulanger
Évêque de Bayeux – Lisieux

Homélie des Rameaux  2018

« Ils emmenèrent Jésus pour le crucifier et ils réquisitionnèrent pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène qui revenait des champs ». (Marc 15)

Chers amis,

Au cœur de la violence la plus extrême, il y a toujours et partout des Simon de Cyrène. Ce sont ces personnes qui redonnent à l’humanité toute sa dignité. Cet homme qui revenait des champs a aidé Jésus à porter sa croix. On serait tenté d’en rester à ce déchainement de violence. Il nous arrive parfois de douter de l’être humain.  Là où il y a de l’homme, écrivait Montaigne, il y a de l’hommerie. N’oublions jamais d’ajouter ce que disait Blaise Pascal : L’homme dépasse l’homme. Oui, l’être humain est plus grand que lui-même. S’il est issu de la terre, il est aussi poussière d’étoile divine. Il est créé à l’image de Dieu. Je me souviendrai toujours de cet enfant qui portait sur son dos un jeune adolescent bien plus grand que lui. Je lui dis : «  Mais il est trop lourd pour toi ». Il me répondit : « Oh non Monsieur, il n’est pas trop lourd car c’est mon frère handicapé ! ». Il n’est pas trop lourd pour moi car c’est mon frère handicapé ! Je n’ai jamais oublié cette parole. Partout autour de nous, il y a des Simon de Cyrène qui aident les autres à porter leur croix.

Quand nous contemplons Jésus sur la croix, on ne peut pas lui dire : « Tu ne sais pas ce que c’est que la violence et la souffrance ! ». Il ne l’a pas supprimée, c’est vrai, mais il l’a prise sur lui. Il nous envoie des Simon de Cyrène pour porter notre croix avec nous. La violence et la haine ne sont jamais le dernier mot de l’Histoire. C’est le pardon et la réconciliation qui en sont la conclusion. Les forces de vie finalement sont plus fortes que les forces de mort. L’amour est victorieux de la haine. Le Lieutenant Colonel Arnaud Beltrame nous en a donné un beau témoignage. Seuls ceux qui donnent leur vie par amour pour les autres fécondent l’histoire humaine. Leur mémoire n’en sera jamais effacée. Amen.
+ Jean-Claude Boulanger
Évêque de Bayeux – Lisieux

A lire, Homélie Rameaux 2018