Les marins-pêcheurs et l’Europe

Aujourd’hui, la Politique Commune des Pêches mise en place par l’Union Européenne concerne 21 des 28 pays de l’UE et regroupe 400 000 pêcheurs dont 16 000 en France et DROM-COM, 2 200  en Normandie et Hauts de France.

Dès les années 60 le traité de Rome concerna les six pays historiques ; puis,   progressivement, des nouveaux règlements sont intervenus avec l’arrivée de nouveaux pays membres apportant avec eux leurs zones de pêche et leurs pêcheurs (Danemark, Irlande, Royaume-Uni d’abord puis Espagne et Portugal) en 1983.

En 1992, le domaine de la pêche et le stock de poisson s’étant ainsi élargis, une révision des accords s’est imposée avec des conséquences douloureuses que les marins français n’ont pas oublié : stopper leur activité et détruire leurs bateaux.

A partir de 2009, l’UE a mis en place le RDM quantité du stock de poisson qu’on peut prélever de manière durable.

Les efforts de préservation des espèces et l’attitude responsable des pêcheurs ont eu de bons résultats sur l’état de la ressource ; il suffit de regarder cette année les chiffres mirobolants de la saison de coquille st Jacques dans les ports principaux de Grandcamp, Port en en Bessin, Trouville…

Certes, la voix discordante de certaines ONG pour qui les pêcheurs sont des prédateurs appellent à libérer l’espace de la pêche pour étendre les Aires Marines Protégées sur les mers et favoriser dans l’ombre les intérêts de groupes industriels prêts à exploiter les fonds marins.

 

L’Union Européenne, contrainte ou avantage ?

Actuellement, les marins-pêcheurs acceptent plutôt bien de reconnaitre que leur survie passe par l’UE. Ils sont devant ces principaux défis

Le Brexit

La part de la pêche française dans les eaux britanniques va jusqu’à 40% selon la taille des bateaux, les engins de pêche et les quotas qui y sont liés.

Le cadre actuel des deux côtés de la Manche satisfait finalement les marins, à part quelques batailles navales ancestrales ; les intérêts des pays sont aussi mêlés que les mailles des filets les plus sélectifs.

La menace d’un Brexit dur serait catastrophique avec le risque d’une Manche coupée en deux ; tout serait à reconstruire par qui ?

L’été dernier, au cours de mon séjour en Angleterre, je n’ai pu rencontrer de marins anglais mais visitant régulièrement les ports du Calvados, sur les quais, aux capitaineries, j’entends que les marins-pêcheurs gagnent bien leur vie, je vois l’arrivée de bateaux neufs et performants et, au Lycée Maritime Aquacole de Cherbourg, des élèves motivés ont « la pêche de l’avenir. »

 

La mise en application des rejets ZERO REJETS

C’est l’obligation pour chaque bateau de débarquer les prises ciblées en dessous des tailles autorisées. Ce qui alourdit un travail déjà pénible et gêne le déroulement des marées.

Seuls deux ports français pour le moment ont les structures nécessaires pour recevoir les rejets et les traiter.

Reste à imaginer une sorte de bateau-ressource qui ferait le ramassage de chaque capture ?

Par ailleurs, il y a deux autres dispositions que les marins-pêcheurs trouvent abusives : la gestion des quotas et l’implantation des Energies Marines Renouvelables. Au Tréport et à Dieppe, les marins n’ont pas eu leur mot à dire ; à Cherbourg et à Ouistreham, les éoliennes sont en cours de montage pour être installées devant Courseulles.

 

Conclusion

Comme on le voit dans ce rapide parcours sur la région Normandie Hauts de France, la pêche est un exemple intéressant de l’intervention de l’Europe.

Le métier de marin-pêcheur est en adaptation permanente. L’espace de son métier, la mer n’est plus un lieu ouvert et libre. Que deviendra la pêche artisanale devant les gros armements publics ? (ainsi au Port d’Etaples, Inter Marché finance 15 bateaux) ou privés et coopératifs (à Cherbourg, un armement familial).

A la Mission de la Mer, nous disons « qu’une pêche raisonnable et raisonnée » est possible ; nous rencontrons ces hommes et parfois ces femmes qui vivent leur travail avec fierté. Ils ramènent à terre le dernier produit sauvage que de plus en plus de « consommateurs » apprécient.

« Dans la mer, il y a de belles choses qui se vivent » me disait Luc au retour d’une marée.

Il me rappelait ainsi la Genèse : «  Dieu dit : «  Que les eaux se peuplent d’une multitude d’êtres vivants qui se glissent et qui foisonnent dans les eaux ; et Dieu vit que cela était bon ».

Georges Vimard, Mission de la Mer Region Nord avec l’aide de Guy Pasquier Mission de la Mer du Havre et de Mathieu Vimard responsable à l’Organisme de Producteurs de Port en Bessin.

En note : les OP- une vingtaine en France- gèrent au jour le jour les quotas de chaque bateau.

Le Pape François Comece à Rome en 2017

«  la première et peut-être la plus grande contribution que les chrétiens puissent offrir à l’Europe d’aujourd’hui, c’est de lui rappeler qu’elle n’est pas un ensemble de nombres ou d’institutions mais qu’elle est faite de personnes… les personnes ont des visages ; elles nous obligent à une responsabilité réelle, active, « personnelle » ; les chiffres nous occupent avec des raisonnements, certes utiles et importants, mais ils resteront toujours sans âme. Ils nous offrent l’alibi d’un désengagement parce qu’ils ne touchent jamais dans la chair. Reconnaitre que l’autre est surtout une personne signifie valoriser ce qui m’unit à lui. Le fait des personnes nous lie aux autres, nous fait être communauté. »