Le sens de la Semaine Sainte à travers les processions

Le 7 mars 2019 une journée a été organisée en partenariat entre les services de liturgie, de catéchèse, du catéchuménat et le Centre d’études théologiques. En prenant comme porte d’entrée le rite des processions, cette journée a permis de mieux comprendre comment les jours saints ont été vécus dans l’histoire, en quoi ils constituent le centre et le sommet de l’année liturgique ; il s’agissait aussi de donner des pistes concrètes pour bien préparer la semaine sainte en paroisse ou à titre personnel.

 
Le dimanche des Rameaux : nous mettre en marche à la suite du Christ avec toute l’Église
La célébration des Rameaux commence par une procession. Le peuple chrétien se rassemble à l’extérieur de l’église. On y proclame l’Évangile de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem où il va vivre sa Pâque. La procession des palmes est une merveilleuse introduction au mystère de la Passion du Christ. « Il s’agit pour nous, comme pour les chrétiens de la fin du IVe siècle, de revivre l’événement qui nous est rapporté dans le chant de l’Évangile »[1]. Une procession est un cheminement, signe concret et matériel de la route du peuple de Dieu vers la cité sainte. Concrètement, la procession des rameaux conduit le peuple de Dieu jusqu’à l’église où la messe est célébrée, c’est-à-dire jusqu’à la célébration du mémorial de la mort et de la résurrection du Christ. L’insigne qui inaugure cette procession est la croix ornée d’un rameau : il s’agit de nous mettre dans les pas du Christ pour aller jusqu’à sa mort et participer à sa résurrection.

Le Jeudi saint : demeurer et veiller avec le Seigneur
Jusqu’au Ve siècle, les chrétiens de Jérusalem se réunissaient au Mont des Oliviers pour une veillée ambulante, qui les conduisait par tous les lieux de la Passion. Malgré cela, la célébration de la Cène est tardive. La fin de la célébration est marquée par la veillée au reposoir qui se veut une manière d’obéir au commandement du Seigneur qui a demandé à ses disciples : « Demeurez ici et veillez avec moi » (Mt 26, 38). La liturgie romaine est très sobre, et n’a pas prévu de rites particuliers. Néanmoins, bien qu’on n’expose pas l’hostie dans un ostensoir, la procession au reposoir prend la forme d’une adoration eucharistique déployée : encens, voile huméral, chant du Pange Lingua. « Une ornementation de fête y est prescrite. Le vrai sens de la vénération de l’hostie gardée pour la liturgie des présanctifiés n’est que la reconnaissance de la gloire cachée dans la croix »[2]. Mais l’essentiel est surtout cette attitude de veille. La célébration se termine en silence : on veille avec le Seigneur dans sa Passion. Ce soir-là est celui de notre abandon au Seigneur.

Le Vendredi Saint : adorer la Croix et annoncer la Résurrection
Si les processions nous font habituellement cheminer derrière le Christ, le rite de la vénération de la croix du Vendredi saint nous fait marcher vers lui. Et les antiques antiennes proposées pour accompagner le rituel en donnent le sens : vénérer le bois de la croix pour adorer Celui qui y mourut pour nous. La plus ancienne est le Crucem Tuam : « Ta croix, Seigneur, nous l’adorons. Et ta sainte résurrection, nous la chantons : c’est par le bois de la croix que la joie est venue sur le monde ». Elle est chantée par l’Occident et l’Orient, sous une forme plus développée. Cette antienne éclaire réellement le mystère qui se joue ici : nous ne venons pas adorer un instrument de torture, notre célébration n’est pas morbide. Au contraire, nous sommes déjà en train de faire mémoire de la résurrection du Seigneur. Notre geste d’adoration est à la fois mémoire de la croix et annonce de la résurrection. Une grande sobriété est recommandée.

La vigile pascale : veiller dans l’attente du retour glorieux
La caractéristique essentielle de la veillée pascale est d’être une assemblée liturgique nocturne. Tout d’abord, le Missel relie la Veillée pascale au temps de l’Exode : « Depuis les temps les plus reculés, cette nuit est ‘une veille en l’honneur du Seigneur’ (Ex 12, 42) »[3]. Le soir de la Veillée pascale ne rappelle pas la sortie d’Égypte, mais invite à vivre de la même attitude d’attente : « l’Église invite tous ses enfants disséminés de par le monde à se réunir pour veiller et prier, parce qu’en cette nuit très sainte, notre Seigneur Jésus-Christ est passé de la mort à la vie »[4]. Il est aussi indiqué que la célébration de la nuit pascale « est ordonnée de telle sorte que, sur la recommandation de l’Évangile (Lc 12, 35-36), les fidèles, tenant en main leurs flambeaux allumés, soient semblables à des hommes qui attendent leur maître afin qu’à son retour il les trouve en train de veiller et les fasse asseoir à sa table »[5]. Ainsi, « la célébration du Christ mort et ressuscité doit être nocturne, parce qu’elle doit nous faire veiller dans l’attente de son retour à la fin des temps »[6]. La nuit de Pâques, nous célébrons l’événement de la Résurrection du Christ, sa présence parmi nous aujourd’hui et l’attente de sa venue glorieuse. La procession qui s’ébranle signifie donc la marche du Peuple de Dieu avec le Ressuscité, mais aussi vers Lui, dans la tension eschatologique qui caractérise l’Église.

  1. Maximilien Launay, o.praem.

[1] P. JOURNEL, « Le dimanche des Rameaux », dans La Maison-Dieu, n°68, Paris, Cerf, 4e trimestre 1961, p. 61

[2] L. BOUYER, Le mystère pascal. Méditation sur la liturgie des trois derniers jours de la Semaine Sainte, Paris, Cerf, 1957, p. 246-247

[3] Missel francophone, n°1

[4] Missel francophone, n°8

[5] Missel francophone, n°1

[6] Jean-Claude REICHERT, La victoire et le triomphe de sa mort. La lecture chrétienne des Psaumes dans les rites de la Semaine sainte, Lex Orandi Nouvelle Série 5, Cerf, 2018, p. 122-123